Mégane et Gabriel, le récit d’une alyah bouleversée

Mégane et Gabriel ont la trentaine. Deux merveilleux enfants, Ezra et Jonas âgés de 4 et 5 ans. Un troisième bambin à naitre dans les semaines à venir. Portés par des rêves d’Israël, ces deux cadres parisiens ont décidé de faire l’Alyah avec leur famille. Rien d’anormal me direz vous. Là où ça se complique, c’est que leur projet d’Alyah a été percuté de plein fouet par les derniers événements en Israël. Espace aérien fermé, date de départ temporairement annulée… Là où d’autres auraient renoncé, eux se sont placés sur liste d’attente pour gagner Israël dès que les cieux s’ouvriront. Comment vivent ils cette situation incertaine ? Le récit d’une Alyah en salle d’attente.

Pourquoi souhaiter faire votre alyah maintenant ?

Déjà, on a toujours nourri ce désir de partir en Israël

Mon mari a vécu une 1ere expérience en Israël, plus jeune. Nous étions déjà en couple à cette époque là. Il conservait depuis ce rêve de repartir en Israël. Après on a construit notre vie ici en France, avec le travail…

Et puis ça va faire bien deux ans que notre projet d’Alyah s’est concrétisé. On y a pensé sérieusement bien avant le 7 Octobre mais ce jour funeste a accéléré les choses. L’atmosphère en France a complètement changé depuis cette date. On a perdu pas mal d’entourage, non juif notamment, des relations, des amis d’enfance que l’on n’imaginait pas perdre un jour. J’ai toujours été en école publique, toujours mélangée au reste de la population française… Cela nous a fait un choc. On a réalisé que l’on ne souhaitait pas que nos enfants grandissent comme ça, dans un pays qu’on ne connaissait plus.

En fait, c’est comme si il y avait en France une guerre silencieuse depuis le 7 Octobre. Une atmosphère d’insécurité permanente, surtout pour les juifs. Alors qu’on n’avait jamais souffert d’antisémitisme auparavant !

Ma belle mère a été obligée d’enlever sa mezouza.

On évite les rassemblements religieux ou communautaires car on a peur d’un acte violent, comme en Belgique l’année dernière. Cette année par exemple, on n’est pas allés au festin de de Pourim organisé par la synagogue. On doit dire aux enfants d’enlever leur kippa, de ranger leurs Tsitiths, de cacher qu’ils sont juifs, de baisser la voix lorsqu’ils chantent une chanson qui parle d’Israël…

Et puis on ne savait pas quel serait notre dernier recours en cas d’événement grave en France ; vers qui se tourner. En Israël, malgré la situation, on pense pouvoir se sentir chez nous, défendus et à notre place, libres de pouvoir revendiquer notre identité juive.

Nous espérons d’ailleurs pouvoir fêter Pessah, la fête de la libération d’Egypte, en Israël, dans notre pays pour la première fois de notre vie !

Est-ce que l’irruption de ce conflit, l’annulation de votre date de départ, ont remis en cause votre projet d’Alyah ?

Israël, c’est un pays que l’on connait avec mon mari. Nous y avons de la famille. On sait que la situation y est parfois compliquée. On se doutait qu’une guerre pouvait éclater à un moment ou un autre… Donc que ça soit tombé maintenant, au moment où on devait partir.. cela ne nous a pas effrayé.

Je sais que c’est actuellement plus tendu que d’habitude et que la population israélienne est en souffrance. Mais cette société est aussi résiliente du fait de son histoire et de ses défis quotidiens. Donc on était préparé à cela, voire même impatients de faire partie de cette société si spéciale.

Cela n’a pas remis en cause notre projet d’Alyah. D’ailleurs, dès que le Keren Layedidout et l’Agence Juive nous ont appris qu’il y avait une option pour que la date du départ pour Israël soit rebookée, on s’est inscrit de suite sur la liste d’attente.

Comment vivez vous cette période d’attente ?

Nous avons surtout été contrariés parce cette incertitude concernant le départ a remis en cause toute notre organisation. En France, comme en Israël. Qu’allait on pouvoir faire en France alors que toutes nos affaires étaient bouclées ? Combien de temps cela allait il durer ? Comment décaler notre emménagement en Israël ? On avait prévu d’arriver, de meubler tout de suite l’appartement de location et de rentrer de plein pied dans la vie israélienne…

Le fait qu’on ne puisse pas partir comme prévu, qu’on ne sache pas quand partir, c’est bouleversant. Mais plus en termes d’organisation qu’en termes de projet d’Alyah. Notre projet reste le même, quel que soit le contexte

Dans quelle ville d’Israël avez vous prévu de faire votre alyah?

À Bat Yam

Est-ce que vous avez de la famille sur place ? Quels sont ses retours sur l’atmosphère en Israël?

Mon mari a de la famille là bas, notamment trois frères à Tel Aviv, à Nétanya et à Ashkélon qui ont déjà fait l’Alyah.

On sait qu’en fonction de la domiciliation en Israël, on est plus impactés par la guerre, par les alertes… Pour le frère de Tel Aviv, c’est assez compliqué parce les alertes sont fréquentes mais ils n’ont pas de Mamad dans l’appartement ; lui et sa famille sont obligés de descendre dans l’abri à chaque alerte.

Le ressenti est différent à Ashkélon ; ou ils arrivent mieux à s’organiser.

Nous avons compris qu’à Ashkélon comme à Tel Aviv, ils continuaient leur vie à peu près normalement. La plupart du temps à la maison, en télétravail ou pas très loin des abris.

D’autant qu’ils se sont démenés pour nous ; ils ont visité les appartements, se sont déplacés pour signer les contrats… Enfin, leur vie a suivi son cours. Et ils sont parvenus à nous aider au cœur d’une situation a priori compliquée.

Le fait que votre famille israélienne vive son quotidien « normalement » vous a-t-il rassuré ?

Oui tout à fait. On a un retour d’expérience concret, direct, de la part de membres de la famille proche. Ils n’essaient pas d’embellir la réalité. Et quand on les appelle, ils nous expliquent que ça va. On l’a vu de nos yeux ; cela nous réconforte.

Gabriel et moi savions que nous allions partir quoi qu’il arrive, nous s’intégrer tout de suite en Israël. Nous avions un petit doute au sujet des enfants. Mais le fait de constater que enfants de la famille s’adaptaient bien à la situation nous a rassuré sur ce plan

Y-a-t-il d’autres éléments porteurs de confiance sur votre futur quotidien en Israël ?

Même si nous n’avons pas l’habitude de telles situations en tant que juif de France, nous sommes rassurés par plusieurs points .

Déjà, par le fait d’avoir un abri – un Mamad – dans notre futur appartement de Bat Yam. On sait que l’on ne devra pas descendre à chaque alerte.

Ensuite, On a conscience que la population israélienne est – par la force des choses – habituée à de tels évènements. Du coup, ils sont organisés; ils savent comment gérer. Et si on ignore comment les choses se passent, on sait qu’on sera entourés de gens préparés, qui connaissent la situation, solidaires, qui nous accompagneront. On hésitera peut être la 1ere fois mais après on s’habituera. On a déjà vécu des alertes l’été dernier…

Enfin, savoir que le système d’alerte et que le bouclier de défense israéliens fonctionnent parfaitement – avec ce que l’on entend à la télé, ce qu’on lit dans les journaux, on sait que ça fonctionne – est un énorme motif d’apaisement.

Nous sommes totalement confiants dans notre avenir en Israël !

Comment vous a accompagné le Keren Layedidout dans la préparation de votre Alyah ? Et dans cette période récente ?

Alors comme toujours, nous avons fait les choses à l’envers. Nous avons contacté le Keren Layedidout après avoir déjà bien entamé le processus d’Alyah. Donc nous n’avons pas bénéficié de tout l’accompagnement à l’alyah, des réunions préparatoires …

Mais depuis 2 mois que nous sommes en contact avec eux, je dois dire qu’ils nous suivent régulièrement. Plus encore depuis que la date d’alyah a été repoussée. Déjà pour trouver une solution pour effectuer notre Alyah dans le contexte international incertain ; à savoir nous trouver un vol, capable de transporter toutes les familles de candidats à l’Alyah avec toutes leurs affaires.

Et puis nous appeler, nous donner des nouvelles quand ils en ont, voire simplement pour garder le contact. Nous avons également eu pas mal de réunions en visio pour organiser le départ et l’arrivée. Bref, on est très contents d’avoir fait appel à l’association.

Avez vous défait vos valises en attendant une nouvelle date d’Alyah ?

Pas du tout ! Au contraire !! Nous avons tout laissé emballé, prêt à être expédié. Ce délai nous a même fourni un petit bonus de temps pour compléter les bagages, ajouter ici et là des affaires, des objets, des souvenirs, des papiers auxquels nous n’aurions pas pensé avant.

On a profité de ce faux départ pour se préparer encore mieux. On a hâte de partir et d’enfin rejoindre notre maison en Israël.

Nous avons vécu de très belles choses en France. Aujourd’hui nous sommes certains que nous en vivrons d’encore plus belles en Israël.